France | Mort de Gilles Perrault, auteur du roman "Le pull-over rouge", brûlot sur l'affaire Ranucci
L'écrivain français Gilles Perrault, dont le roman "Le pull-over rouge" a suscité en France une polémique majeure sur la peine capitale, est décédé jeudi à Sainte-Marie-du-Mont (Manche), a annoncé aujourd'hui sa famille. Il avait 92 ans.
"Je peux confirmer qu'il est décédé hier soir, le 3 août, d'un arrêt cardiaque", a déclaré l'un de ses proches à l'AFP.
Né Jacques Peyroles, il avait travaillé pendant plusieurs années comme avocat avant de devenir journaliste puis romancier, publiant sous le pseudonyme de Gilles Perrault.
En 1978, il publie "Le Pull-Over Rouge", qui remet en cause la condamnation de Christian Ranucci, guillotiné deux ans auparavant pour l'enlèvement et le meurtre en 1974 d'une fillette de 8 ans
Le livre, qui s'est vendu à environ un million d'exemplaires, a suscité un vif débat sur la peine de mort, que la France a finalement abolie en 1981.
Perrault a été condamné à deux reprises pour diffamation à la suite de propos tenus sur le comportement de la police dans le cadre de l'affaire Ranucci, une fois lors d'un entretien, puis lors de la publication d'un autre ouvrage sur l'affaire Ranucci.
Pendant des années, Gilles Perrault à tenté d'obtenir la révision du dossier Ranucci, sans succès.
"Ce n'est pas un sprint, c'est un marathon", avait-il déclaré à l'AFP en 2006, espérant toujours un éventuel réexamen.
Dans un autre ouvrage acclamé par la critique, il avait publié en 1990 "Notre Ami Le Roi", un ouvrage dans lequel il jetait un éclairage peu flatteur sur les 30 années du règne d'Hassan II, le roi du Maroc.
Le pull-over rouge et l'affaire Ranucci
L’affaire Christian Ranucci est le procès médiatisé de Christian Ranucci (né le 6 avril 1954 à Avignon et mort le 28 juillet 1976 à Marseille), lequel s'est conclu par la condamnation à mort et l'exécution de l'intéressé à la prison des Baumettes pour l'enlèvement et le meurtre, le 3 juin 1974, de Marie-Dolorès Rambla, âgée de huit ans.
Ranucci est le premier condamné à mort guillotiné sous le septennat de Valéry Giscard d'Estaing et l'antépénultième en France. Il est aussi le dernier condamné exécuté par l'exécuteur en chef André Obrechtb.
En 1978, l'écrivain et journaliste Gilles Perrault publie sur l'affaire "Le Pull-over rouge", ouvrage qui va donner lieu à une vive polémique sur la culpabilité du condamné.
Plusieurs auteurs reprendront par la suite la thèse de l'innocence de Ranucci et de l'erreur judiciaire, tandis que d'autres chercheront au contraire à démontrer sa culpabilité en s'appuyant, notamment, sur les éléments matériels rassemblés contre lui.
Concernant les avocats de l'intéressé, leurs positions divergeaient : alors que Paul Lombard soutenait la thèse de son innocence, André Fraticelli avait, pour sa part, souhaité plaider la culpabilité avec circonstances atténuantes, car plaider l'innocence lui semblait trop risqué (se trouvant en contradiction avec ses confrères, il n'avait donc pas plaidé) ; quant à Jean-François Le Forsonney, s'il s'est impliqué dans le mouvement en faveur de la révision du procès Ranucci, il n'a pas pour autant affirmé que son client était innocent.
Un comité de soutien est fondé en 1979 afin d'obtenir la révision du procès Ranucci.
Trois demandes ont été déposées dans ce sens, mais ont fait l'objet de rejets successifs en 1979, 1987 et 1991.
Polémiques
Deux ans après l'exécution de Ranucci paraît Le Pull-over rouge de l'écrivain Gilles Perrault (1931-2023), dont il a été déjà question, ce qui crée une polémique sur la culpabilité du condamné. Un film, Le Pull-over rouge, réalisé par Michel Drach (1930-1990) et sorti au cinéma en 1979, sera tiré du livre.
À la suite de la parution du Pull-over rouge, le philosophe Michel Foucault (1926-1984) publie le 11 septembre 1978 dans Le Nouvel Observateur un article consacré à ce livre et émet des critiques concernant l'enquête et l'instruction. Il emploie notamment une expression qui sera reprise par la suite, la « religion de l'aveu ».
À la même époque, des journalistes contestent la thèse de Perrault, comme José d'Arigo, journaliste du Méridional. De son côté, Christian Chardon (1943-), qui a couvert l'affaire pour Détective, publie dans les colonnes de Minute un article intitulé « Non ! L'affaire Ranucci n'est pas une erreur judiciaire », où il insiste notamment sur les aveux réitérés de Ranucci et les indications qu'il a fournies concernant l'endroit où était cachée l'arme du crime, tandis que Jean Laborde (1918-2007) publie dans Paris Match en novembre 1979 un article intitulé « Ranucci innocent ? Eh bien non ! ».
La portée de la controverse est telle que, lors des débats à l'Assemblée nationale sur la question de l'abolition de la peine de mort, Robert Badinter déclare dans la séance du 17 septembre 1981 : « Christian Ranucci : je n'aurais garde d'insister, il y a trop d'interrogations qui se lèvent à son sujet, et ces seules interrogations suffisent, pour toute conscience éprise de justice, à condamner la peine de mort ».
Si plusieurs livres reprenant la thèse de l'innocence paraissent dans les années 1990, Mathieu Fratacci (1937-1993), présent lors de la garde à vue de Ranucci, publie en 1993 Qui a tué Christian Ranucci ?, ouvrage cherchant à réaffirmer, au contraire, sa culpabilité.
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"One is absolutely sickened, not by the crimes that the wicked have committed,
but by the punishments that the good have inflicted."
— Oscar Wilde
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